Mon dos me faisant encore souffrir pendant le jogging, mes séances de sport ont été complétement
modifiées et je suis donc allée à la piscine pour la première fois depuis mon arrivée. Il y en a une à quinze minutes à pieds de chez moi, perdue dans une espèce mi de sous-bois , mi parcours de santé qui s'est transformé en mini-ville... une micro-société de s
ans-abris s'y est installée peu à peu, à la manière japonaise, disciplinée, organisée. De grandes bâches bleues constituent les murs et les toits, il y a un coin lessive ; on y voit, bien rangées, bien empilées, des caisses de fruits, de journaux, de bonbons, de vêtements prêts à être vendus. Des hommes défraîchis mais plutôt propres, entourés de leurs valises et de leurs sacs qui doivent contenir tout ce qui reste de leur vie passée, font la sieste, discutent, lisent, se brossent les dents, regardent parfois droit devant eux, décidés mais pourtant désoeuvrées, tournant en rond. Cela me rappelle toujours Tokyo Godfathers et je ne peux pas m'empêcher de considérer avec tendresse ses bâches bleues qui symbolisent la dignité de ceux qui sont devenus marginaux au sein d'une société polissée.
Cette micro-société là a l'air de s'être installée pour de bon, pourvu que ça dure, ils ne dérangent personne dans ce parc dépeuplé... je ne prendrai pas de photos, parce que je ne suis pas photographe et que dans mon cas, j'aurais l'impression de manquer de respect à ces gens plutôt que de leur donner une quelconque noblesse à travers un geste artistique... mais c'est assez impressionnant, ils sont très nombreux et les bâches bleues semblent continuer sur un très long périmètre.
Mais j'en étais à raconter ma futile escapade à la piscine... ce n'était pas une piscine particulièrement tokyoïte : elle ressemblait aux piscines municipales de ma banlieue, en plus propre (on s'en serait douté)... la différence, encore une fois, c'est le service et l'organisation - même dans le plus modeste établissement. Toutes les heures, il y a dix minutes de pause bassin, tout le monde doit sortir (je crois que c'est pour que le relais du maître nageur sur la chaise haute se fasse sans encombres mais... hm... en fait j'ai aucune idée de la raison pour laquelle ils font la pause...). Quand (comme bibi), vous rentrez dans le bassin sans bonnet de bain, un maître nageur vous arrêtera très poliment, ira vous chercher lui-même un bonnet pour éviter que vous ne vous rendiez à l'accueil. Les gens nagent calmement, avec bon sens. Des séances de natation pour enfants sont organisées dans la joie et la bonne humeur : pendant que les maîtres nageurs font faire des exercices pédagogiques et rigolos avec la marmaille, toutes les mamans nipponnes regardent leur progéniture s'ébattre dans la flotte depuis une immense baie vitrée... et le plus drôle c'est que ça a l'air de papoter à peine ! levez la tête, vous verrez des dizaines de mères assises devant la vitre, regard dans le vague, parfois avec un bébé dans les bras. (je me suis retenue de leur faire signe façon "coucou maman" mais c'était dur).
J'ai barbotté dans l'eau comme une bien heureuse pendant une heure et quart, profitant ENFIN de mon superbe maillot de bain que je n'ai porté qu'une fois à Okinawa, nan mais n'importe quoi. Profitant de l'absence totale de douleur. Profitant de l'atmosphère sonore tellement plus relaxante que celle de la salle de gym...
Bref, nouveau défi (mais pas pour tout de suite, oulala, on se calme) : enfin apprendre le crawl. Mes défis et moi. Par exemple, cette année j'avais "faire du sport tous les jours" : pari tenu (qui a dit "jusqu'à ce que tu te bousilles le dos" ? c'était mesquin !!), l'année dernière c'était "enfin apprendre à faire du roller", mais alors là hahaha, échec cuisant (je ne désespère cependant pas de pouvoir un jour improviser une chorégraphie sur roulettes façon Sorry de Madonna, ou prétendre à devenir serveuse dans un dinner room à l'américaine)
(un jour, un jouuur).
L'année prochaine, la patinoire (en fait, pour celui-là, j'attends quelqu'un qui ait la patience de m'apprendre, parce qu'à mon avis un après-midi ne suffira pas)
Donc peut-être prochainement le crawl. Peut-être. Pour l'instant ce n'est pas indispensable et je crois que j'ai eu assez de défis cette année donc on va se calmer...